| Deborah
Cole, Américaine, 34 ans, journaliste au bureau de l'AFP
à Berlin.

- En 1989, je finissais mes études au moment
de la chute du mur. Tout de suite, j'ai eu envie d'aller à
Berlin pour écrire des articles sur les grands changements
européens. La 2e guerre mondiale et la division du mur étaient
des thèmes qui me fascinaient. Dès l'âge de
6 ans, j'étais consciente de ce qui s'était passé
pendant l'Holocauste, car dans l'école où je suis
allée, il y avait plusieurs élèves juifs. En
1995, je travaillais déjà comme free lance pour Reuter
et je sortais beaucoup d'articles sur la division de l'Allemagne
qui était un thème d'actualité. Berlin était
très concerné par le processus de la réunification,
qui venait juste de commencer, et qui d'ailleurs n'est toujours
pas terminé… Il y a encore de grandes différences
économiques et les ressentiments persistent autant à
l'Est qu'à l'Ouest, pour différentes raisons, bien
sûr. C'est sans doute ce qui explique le succès du
film Good bye Lenine.
- Que penses-tu de l'attitude des Berlinois
envers les étrangers ?
- Les Berlinois sont un peu comme les New-yorkais, plus indifférents
que tolérants, assez tough, pas particulièrement accueillants.
Par contre, ils ont un humour bien à eux, très sec
et cool, un sens de la répartie, une manière de faire
des commentaires en-dessous de la vérité, ce sont
les rois des understatements. Ça me rappelle l'humour de
la côte Est.
- Dirais-tu que Berlin est une ville où
on se sent seul ?
- Oui, sous certains rapports. Quand j'étais à Paris,
j'ai remarqué comment les hommes abordent les femmes ; à
Berlin, ça n'existe pas. Apparemment, il n'y a pas ces jeux
de séduction. Par rapport aux Etats-Unis, à l'Espagne
ou la France, c'est plus subtil, caché et même timide.
Une certaine retenue dans les comportements, une sobriété.
En même temps, et c'est appréciable, il y a une grande
égalité entre les sexes, l'un explique peut-être
l'autre.
- Qu'est-ce que tu aimes à Berlin que
tu ne trouves pas dans ton pays ?
- Ce n'est pas une culture matérialiste basée sur
l'argent et ça, c'est très rafraîchissant par
rapport aux Etats-Unis ou même au reste de l'Allemagne. Il
n'y a pas cet esprit de compétition, peut-être parce
que c'est une ville pauvre. Comme il n'y a pratiquement pas d'industries,
l'économie est basée sur la politique, la culture
et les médias, et cela attire moins les gens BCBG…
J'aime tous les lacs qu'il y a à Berlin et autour de Berlin,
la verdure omniprésente, et les Allemands sont dans l'ensemble
plus intellectuels, plus cultivés qu'aux Etats-Unis.
- Et la vie nocturne ?
- Dans une ville où 20% ne travaillent pas, ce n'est pas
étonnant que pas mal de gens peuvent sortir tard !
- En dehors des sentiers battus, y a-t-il certains
endroits à Berlin où l'on trouve des vestiges de la
guerre ?
- J'ai entendu dire que la Wasserturm (château d'eau), tout
près de la Kollwitz Platz, était utilisé par
la Gestapo comme prison et centre de torture. Il reste quelques
bunkers qui coûteraient trop cher à démolir,
comme celui près du Pallas, cet énorme immeuble HLM
à Schöneberg, mais aussi à Gesundbrunnen, entre
Wedding et Prenzlauer Berg, et à Mitte dans la Reinhardstrasse.
Celui-ci est utilisée comme galerie d'artistes ; avant c'était
une disco, sans doute parce que c'est sombre et bien insonorisé.
Et dans le métro de Berlin, il y a beaucoup de vestiges de
la 2e guerre et de la guerre froide.
Dans le quartier de Mitte ou de Prenzlauer Berg, dans les cours
intérieures des anciens immeubles qui n'ont pas été
détruits ni rénovés, on voit encore des trous
de balles dans les murs, d'ailleurs ces cours renferment de véritables
trésors d'Histoire. A l'université de Humbold, beaucoup
de bâtiments exhibent aussi des traces de balles sur les murs
extérieurs ; d'ailleurs, les toilettes de l'université
sont restées intactes depuis les années 1910, elles
n'ont pas été touchées depuis l'époque
des Keiser, car l'université n'a pas toujours pas les moyens
de rénover.
Au Treptow Park, où se trouve le Mémorial soviétique
dédié à tous les combattants de l'Armée
Rouge tombés lors de la seconde guerre mondiale, et sur les
murs du métro "Mohrenstrasse", on voit des morceaux
de marbre rouge venant de la chancellerie d'Hitler, qui se trouvait
entre la Wilhelmstrasse et la Ebertstrasse, près du nouveau
Mémorial juif. Quant au bunker d'Hitler, il a été
presque entièrement détruit, mais il reste quelques
vestiges derrière l'ambassade canadienne. En fait, le bunker
est beaucoup plus petit qu'il n'apparaît dans le film Die
Untergang (La Chute), où on a l'impression
que c'est énorme. On a interviewé l'ancien téléphoniste
d'Hitler qui est toujours en vie et il a confirmé qu'on y
était très à l'étroit.
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